Préface

201411.15
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Jacques-Antoine Malarewickz


 Preface du livre : Outils et pratique de la médiation, de J-L Chavanis et M-J Gava (InterEditions)

L’obligation de résultat, à laquelle sont soumis les employeurs, quant à la protection de la sécurité physique et mentale de leurs employés comporte au moins deux conséquences sur lesquelles je me propose d’insister ici rapidement.
La première pose la question de la nature du bien-être mental, la seconde met l’accent sur toutes les mesures de prévention qui doivent être mises en place. Dans le cadre général du droit au respect de la dignité de la personne les textes prévoient l’intervention éventuelle d’une médiation, et donc d’un médiateur.
Le bien-être mental est une notion difficilement quantifiable, elle relève d’une certaine subjectivité. Même un psychiatre ou un psychologue seraient bien en peine d’en donner une définition précise, si ce n’est en évoquant l’absence de pathologie ! Il est plus facile d’évaluer un préjudice physique qui portera, par exemple, sur l’amplitude d’un mouvement ou la pénibilité d’une attitude.
Ce qu’il en est de l’équilibre psychique d’un individu ne dépend pas uniquement de son activité professionnelle, mais également de sa vie privée. Même si le travail intervient de manière de plus en plus évidente dans l’identité de tout un chacun dans notre société, ce qui se mesure a contrario par les méfaits du chômage, il importe de tenir compte également de la dégradation des conditions de vie péri-professionnelle, par exemple en ce qui concerne les transports ou la garde des enfants. De même, la fréquence des séparations et des divorces dans notre société est un facteur déstabilisant qui ne peut être ignoré. Tout cela fait que l’employeur se trouve confronté à des obligations dont il ne maîtrise pas toutes les dimensions.
Les entreprises sont donc invitées à prendre des mesures signifi-catives quant à la prévention de ces risques. Prévenir, cela signifie, à l’évidence, intervenir le plus en amont possible. Cela entraîne trois conséquences. La première est de prendre le risque d’entrer dans une logique autovalidante dans la mesure où interpeller un risque, c’est aussi le susciter voire l’amplifier. La seconde conséquence, dans cette anticipation, est de complexifier la problématique dans la nécessité de prendre en compte de nombreux facteurs y compris, comme je viens de le préciser, ceux qui ne relèvent pas immédiate-ment de la sphère professionnelle. Enfin, étant donnée l’ampleur de la tâche et la pertinence d’un regard extérieur, il est évident que l’appel à des « experts » est devenu incontournable.
Comme le terme « médiation » a été retenu par le législateur dans les textes, la notion de conflit s’est étendue. Nous ne sommes plus nécessairement dans la violence manifeste, en ce qu’elle peut avoir de spectaculaire et de publique, mais dans tout un ensemble de comportements qui peuvent générer de la souffrance pour les uns ou les autres. Cette souffrance, se situant alors sur un registre psycho-logique et interactionnel, prend une valeur plus personnelle jusqu’à rester longtemps cachée dans certains cas.
Ceci fait qu’il peut être quelquefois difficile de proposer une médiation à deux individus qui n’en voient pas la pertinence, car ils ne sont pas nécessairement dans un conflit ouvert. Il me semble alors que la notion de « Coaching de binôme » peut être utile. En tout état de cause, il importe de bien différencier d’une part, les modes d’intervention qui se rattachent à la sphère professionnelle et, d’autre part ceux qui relèvent de la psychothérapie, laquelle renvoie à un engagement privé, y compris à un niveau financier.
Face à cette complexité, face à la subjectivité de la souffrance psychique même et surtout parce qu’elle est vécue de manière objective, face à la multiplicité des acteurs dans l’entreprise, face enfin aux éventuels enjeux judiciaires qui sont toujours présents, la formation des médiateurs est cruciale.
C’est dire l’importance de ce Guide pratique sur la médiation qui explique les fondamentaux de ce métier, passe en revue différentes techniques et surtout, insiste sur ce qui doit constituer l’état d’esprit du médiateur. En effet, étant donné l’importance des enjeux, se confronter à la complexité de ce type d’intervention requiert des qualités spécifiques.
Ces professionnels sont étroitement en contact avec la manipulation et la violence, quelle que soient leurs formes et leurs consé-quences, ils doivent savoir identifier l’injustice et quelquefois la mauvaise foi, ils ont à faire la part des choses entre ce qui est dit et ce qui est effectivement vécu. Tout cela exige de pouvoir prendre du recul et d’être « outillé » pour y parvenir.
Ce guide s’adresse tout autant à celles et ceux qui s’intéressent à ce métier qu’aux nouveaux venus. Sa principale vertu est de ne rien laisser ignorer des difficultés auxquelles les médiateurs se confrontent dans leur pratique quotidienne.

Jacques-Antoine Malarewicz
Psychiatre, médiateur en entreprise

J.A Malarewicz est notamment l’auteur de « Gérer les conflits au travail : développez la médiation face aux risques psychosociaux » (Pearson)